Pourquoi j’écris au présent ?

Pourquoi J'écris au présent ? Les temps de la narration.
Pourquoi J'écris au présent ? Les temps de la narration.

Ola Fourmiz !

 

Enfin un petit article sur l’écriture !

 

Tu t’es déjà sûrement posé cette question comme beaucoup d’auteurs :

 

Quel temps utiliser pour la narration ?

 

Il existe de nombreuses possibilités en français et ça n’aide pas à faire un choix !

 

C’est pourtant crucial pour assurer la cohérence de son histoire ! 

 

Tous les auteurs se posent cette question !

 

J’ai fait mon choix et je vais t’expliquer pourquoi j’écris majoritairement au présent. 

Quel temps utiliser pour la narration ?

Alors, attention, la temporalité ou chronologie de l’histoire n’a rien à voir avec le temps de la narration ! Ce n’est pas parce qu’une histoire se situe dans le passé que l’on ne peut pas utiliser le présent, bien que l’on puisse choisir d’écrire au futur dans un texte d’imagination, de science-fiction par exemple.

 

Ceci étant dit, une histoire n’est pas forcément chronologique. Le récit peut aller d’un point A à un point B dans le temps ; mais on peut aussi raconter l’histoire dans le désordre, commencer par la fin et finir par le début comme dans « Mémento » le film de Christopher Nolan ou encore jalonner son récit de flash-back.

 

Le temps de narration est donc le temps utilisé pour raconter l’histoire et il va être très important de bien le choisir pour accrocher ses lecteurs. On utilise généralement le passé ou le présent.  Tous deux comportent des avantages et des inconvénients.

 

On va voir ça tout de suite !

 

Mais avant, il faut comprendre une notion essentielle : l’action définit l’usage d’un temps ou d’un autre. C’est l’action qui va faire avancer l’histoire ! Qu’elle se déroule dans le passé, le présent ou le futur, qu’elle soit achevée ou en cours.

Les temps du passé !

  • Le passé simple : est le temps des actions achevées ou accomplies. Les actions sont délimitées dans le temps. On parle souvent du passé simple comme le passé de narration, car il permet de raconter des actions simultanées et généralement courtes et révolues.
  • Ex : Il faisait froid dans cette chambre lugubre. Il se déshabilla hâtivement, éteignit la lumière et se glissa dans les draps humides et froids. Fourbu, il s’endormit sans tarder.
  • L'imparfait : est le temps des actions inachevées, en cours, et généralement longues. C’est ce qui fait de l’imparfait, le temps de la description. Ce qui est décrit a encore des répercussions sur le présent et n’a souvent ni début ni fin précise.
  • Ex : Il faisait froid dans cette chambre lugubre. Il se déshabilla hâtivement, éteignit la lumière et se glissa dans les draps humides et froids. Fourbu, il s’endormit sans tarder.
  • Le passé composé : est le temps du passé qui maintient un lien avec le présent. Comme le passé simple, il marque l’antériorité de l’action. Notamment, l’antériorité d’une action sur une autre.
  • Ex : Il faisait froid dans cette chambre lugubre. Il s’est déshabillé hâtivement, a éteint la lumière et s’est glissé dans les draps humides et froids. Fourbu, il s’est endormi sans tarder. 

Le temps du présent !

  • Le présent : endosse tous les aspects de l’action. Il peut raconter des actions qui se déroule ici et maintenant comme des actions déjà accomplies. Il peut aussi être utilisé pour narrer des actions inaccomplies comme l’imparfait.
  • Ex : Il fait froid dans cette chambre lugubre. Il se déshabille hâtivement, éteint la lumière et se glisse dans les draps humides et froids. Fourbu, il s’endort sans tarder.

Comme il peut tout exprimer, on le critique souvent comme le temps de la facilité, car pour beaucoup c’est un temps fourre-tout qui peut exprimer tous les aspects. Certaines personnes le critique, car il lui reproche son manque d’expressivité et de profondeur. Cependant, il est techniquement possible de l’utiliser. Si certains lui trouvent une facilité d’utilisation et prêtent au passé des lettres de noblesse, il n’en est rien, car les procédés narratifs sont en fait bien plus complexes à mettre en place au présent qu’au passé.

 

Il existe 5 valeurs de présent :

  • Le Présent d’énonciation : C’est le présent utilisé pour raconter une action en cours, c'est le moment de la parole ou de l’écriture, c’est le maintenant.
  • Ex : Je lis un livre de Claudel. 
  • Le présent de narration : C’est lui qui donne une impression de direct et rend l’action plus vivante. Il apporte un rendu cinématographique au récit même si les événements se déroulent au passé. C’est le présent utilisé ponctuellement à la place d'un passé simple ou d'un imparfait dans un récit
  • Ex : Il est midi, les cloches sonnent, c’est l’heure du repas, lorsqu’un étranger frappe à la porte. 
  • Le présent de vérité générale : on l’emploie pour énoncer des faits toujours valables. On l’utilise aussi pour les proverbes et les fables.
  • Ex : Le feu brûle. 
  • Le présent de répétition et duratif : Il est utilisé pour les faits qui se répètent ou comme l’imparfait pour des faits qui durent.
  • Ex : Chaque année nous partons en vacances à l’ile de Ré / Cela fait un mois qu’il pleut à verse. 
  • Le présent utilisé comme futur ou passé : On le choisi pour des actions qui vont se dérouler immédiatement ou qui se sont déroulées il n’y a pas longtemps. Le présent, ayant selon l'expression de Gustave Guillaume « un pied dans le futur, un pied dans le passé », peut ainsi s'étendre en direction d'un passé récent ou d'un futur plus ou moins imminent.
  • Ex : J’arrive chez toi tout de suite. (futur proche) / Je rentre juste du travail. (passé proche)

Les trois grands systèmes de narration.

Trois grands systèmes peuvent être utilisés pour éviter les erreurs de débutant et garder une cohérence dans le récit et pour que la lecture en soit agréable. J’ai concocté un petit texte pour te faire une idée et mettre en évidence les différences d’ambiance :

 

1. Passé simple pour la narration et imparfait pour les descriptions :

  • Ex : Antoine enfila son casque et remonta le col de son imper, pour éviter que les gouttes gelées ne se faufilent le long de son dos. Il n'avait que trente minutes pour rejoindre le lieu de son rendez-vous. Les pneus de sa Suzuki crissèrent sur le bitume et une gerbe d’écume gicla derrière sa moto. Trente minutes, ni plus ni moins !

2. Passé composé pour la narration et imparfait pour les descriptions :

  • Ex : Antoine a enfilé son casque et remonté le col de son impair, pour éviter que les gouttes gelées ne se faufilent le long de son dos. Il n’avait que trente minutes pour rejoindre le lieu de son rendez-vous. Les pneus de sa Suzuki ont crissé sur le bitume et une gerbe d’écume a giclé derrière sa moto. Trente minutes ni plus ni moins !

3. Présent pour la narration et présent pour les descriptions :

  • Ex : Antoine enfile son casque et remonte le col de son impair, pour éviter que les gouttes gelées ne se faufilent le long de son dos. Il n’a que trente minutes pour rejoindre le lieu de son rendez-vous. Les pneus de sa Suzuki crissent sur le bitume et une gerbe d’écume gicle derrière sa moto. Trente minutes ni plus ni moins !    

ATTENTION : Tu l’auras compris, les dialogues eux ne change pas. Du coup, même un récit au passé simple et à l’imparfait contient du présent et du passé composé dans ses dialogues.

 

Quel système préfères-tu pour ce petit texte ? Dis-moi en commentaire ! Comme tu l’as compris, moi, c’est le présent !

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Les avantages et (les inconvénients) à choisir le présent.

On peut consulter des listes d’avantages et d’inconvénients de ce genre. Mais j’ai mis (inconvénients) entre parenthèses, car, à mon sens, ce ne sont pas vraiment des inconvénients.

 

J’utilise la parenthèse et l’italique pour donner mon avis et t'aider à comprendre pourquoi j’écris au présent.  

Avantages du présent

1. Le présent donne un rendu plus vivant, cinématographique.

  • Du fait que l’action se déroule dans l’instant, en direct, il permet de plonger directement dans l’action. C’est pour cela qu’on compare souvent le présent à un film qui se déroule sous nos yeux. Ce n’est pas pour rien qu’il est le temps du scénario et du dialogue. Il donne au récit une saveur plus moderne, plus orale. Contrairement au passé qui semble plus classique, comme un vieux meuble patiné par le temps. Ce dernier met une distance entre le narrateur et ce qu’il raconte et donc l’éloigne du même coup du lecteur.

2. Le présent rend le lecteur plus proche de l’histoire.

  • Comme le présent permet de s’immerger dans l’histoire, il donne l’impression au lecteur de vivre l’histoire lui-même (quel que soit le point de vue narratif choisi d’ailleurs). Ses émotions sont du même coup décuplées et la lecture devient plus sensitive et sensible.  

3. Le présent se combine très bien au point de vue interne.

  • Effectivement, le présent se marie très bien avec le choix du point de vue interne. On a ainsi l’impression d’être directement dans la tête du personnage. L’attachement au personnage en est décuplé. (Souvent, c’est la raison principale pour laquelle on choisit le présent combiné à la narration à la première personne ; mais c’est aussi pour cela que le présent est régulièrement décrié et réduit à une narration de seconde zone. Pourtant, il correspond aussi très bien au point de vue externe ou à l’utilisation de la troisième personne comme dans le petit texte ci-dessus. Il est même possible contrairement à ce que l’on croit de le combiner à un point de vue omniscient.)

4. Le présent est le temps idéal des histoires à laps de temps court.

 

  • (C’est  la raison pour laquelle je l’utilise pour mes nouvelles.) Le présent est donc un temps de l’action parfaitement adapté à une narration de l’instant. (On dit souvent qu’il est difficile de faire des sauts dans le temps en utilisant le présent. Ce n’est pas facile, c’est vrai, mais pas impossible. C’est réducteur d’en faire la raison principale pour ne pas utiliser le présent dans un roman)

Inconvénients du présent

1. Certains lecteurs détestent le présent.

  • C’est certainement l’inconvénient majeur ! (et le seul selon moi) réfléchissez-y à deux fois avant de choisir le présent pour votre récit. Même si l’utilisation du présent se généralise, le passé reste la norme. On est tellement habitué à lire des histoires au passé qu’écrire son roman au présent pourrait perturber les futurs lecteurs et certains refuseront de lire un œuvre simplement à cause de cela. (Après, ça n’empêche pas de constater que bon nombre de bestsellers utilisent le présent comme la série Hunger Games de Suzanne Collins).

2. Le présent te prive d’une partie de la boite à outils de l'écrivain.

  • L’inconvénient du présent est qu’il plonge dans une actualité perpétuelle. En gros, on vit les événements comme ils se produisent. (Selon certains, il est difficile de se désengager du présent pour raconter des événements futurs ou passés. En fait, même si ce n’est pas simple, comme on l’a vu, le présent peut tout aussi bien narrer le passé et le futur) .Enfermé dans le présent, tu es limité dans ta capacité à te déplacer librement dans le temps. Si tu souhaite plus de flexibilité pour naviguer dans le temps, choisit le passé. (En fait, je trouve cet argument juste pour une histoire complexe où l’action se passe sur plusieurs trames temporelles, avec de multiples points de vue. Dans ce cas effectivement choisir le passé parait plus judicieux)

3. Pas ou peu de narration.

  • Pour certains auteurs, bien que le présent produise un effet cinématographique, cet avantage peut vite devenir un inconvénient pour la narration. Pour eux, l’écrit n’est pas comme le cinéma. En écrivant au présent, les écrivains se privent d’outils narratifs comme : entrer dans la tête de leurs personnages, parler directement au lecteur, aller et venir librement dans le temps ou encore, utiliser l’analepse, la prolepse et l’ellipse, etc... (À mon sens, rien est plus faux ! Si le cinéma le fait, pourquoi pas l’écriture ? : Pour preuve, voici la scène avec Antoine, toujours au présent, agrémenté de divers outils narratifs.) 

Légende : (1) Entrer dans la tête du personnage. (2) Parler au lecteur. (3) Analespse. (4) Prolepse. (5) Ellipse.

  • Ex : Antoine enfile son casque et remonte le col de son imper, pour éviter que les gouttes gelées ne se faufilent le long de son dos. Il n’a que trente minutes pour rejoindre le lieu de son rendez-vous. Les pneus de sa Suzuki crissent sur le bitume et une gerbe d’écume gicle derrière sa moto. Trente minutes ni plus ni moins ! Comment ça a pu déraper autant ! songe-t-il en doublant à plus de 200km/h une voiture garée en double file. (1) C’est complètement stupide ! Tu ne trouves pas ça con toi ? (2) Il sent encore la saveur de la pina colada sur sa langue, le clapotis des vagues, ses yeux qui se ferment, c’est là que tout à dérapé ! (3) Soudain, un coup un klaxon le sort de sa torpeur. Il fait une embardée, redresse sa moto et évite de justesse de s’encastrer dans le camion-citerne qui fonce en sens inverse. Plus que 15 minutes avant le rendez-vous. Tout en slalomant sur les artères bouchées de la ville, il évalue les alternatives. La seule qu’il entrevoit, c’est le Glock 17 qu’il porte à la ceinture. Il n’a pas d’autre choix, il doit fumer cet enfoiré ! (4) Cincinnati Road ! murmure Antoine en posant enfin le pied à terre ! Personne au rendez-vous, pourtant, il n’est pas en retard... (5)

4. Le présent est un piège pour les auteurs amateurs.

  • Certains auteurs débutants sont un peu perdus avec la concordance des temps, c’est pour cette raison que j’ai écrit cet article. Comme on vient de constater, il peut être plus compliqué d’écrire ses premières fictions au présent (mais c’est loin d’être impossible).

Pour conclure

Comme tu l’as lu, le présent a des avantages et des inconvénients, à toi de faire un choix ! Le présent, on aime ou on n’aime pas ! Mais quand des détracteurs du présent comme Philip Pullman, auteur de la série À la Croisée des mondes, disent : (utiliser le présent) « C'est une abdication de la responsabilité narrative. » Moi je dis non ! L’utilisation du présent est une alternative tout comme l’utilisation du passé. Après tout, le seul argument qui doit nous faire pencher en faveur de l’un ou de l’autre, c’est de choisir le temps qui portera le mieux notre récit ! Imaginez Hunger Games, une histoire où l’on est immergé dans l’action du début à la fin, écrite au passé ! À mon sens, il y a peu de chances qu’il « eut été » un bestseller ! Si le passé a le patiné des vieux meubles, on peut passer un petit coup de plumeau pour se découvrir une écriture plus contemporaine !