Mon expérience dans une petite maison d'édition (Astrid Stérin)

Comment écrire un résumé de livre impactant ?
Mon expérience dans une petite maison d'édition (L'Astre et la Plume)

Olà fourmiz !

 

Juste avant les vacances je t’ai publié deux MailyBlog pour t’aider à faire ton choix entre édition traditionnelle et auto-édition :

8 raisons de ne pas passer par une maison d’édition pour publier ton roman !

5 bonnes raisons de publier ton roman dans une Maison d’édition !

C’est à la suite de ces deux articles qu’Astrid Stérin a réagi comme beaucoup d’entre vous pour me donner son avis par email et discuter sur le sujet.

Il s’avère qu’Astrid partage son parcours d’auteure édité sur son blog L’Astre et la Plume qui est l’un des seuls blogs littéraires francophone que je consulte régulièrement depuis près d’un an.

Elle a une vraie personnalité et son blog regorge de conseils forts utiles pour les auteurs.

Astrid a publié son premier roman Le page de l’aurore chez Sylphe Rouge qui est une maison d’édition toute jeune et qui à la particularité de travailler pour, mais aussi avec ses auteurs... une ME coopérative :)

C’est tout naturellement que je l’ai invité à te parler de cette aventure incroyable et enrichissante.

 

Je lui laisse la parole :

Mon expérience dans une petite maison d'édition

Parmi les grands débats qui animent la communauté littéraire, celui de l'édition traditionnelle vs l'auto-édition est l'un de ceux qui a fait couler le plus d'encre ces dernières années. On aurait ainsi à ma droite un monde où l'auteur ne fait qu'écrire son livre et perd ensuite toute la maîtrise de ce qui lui arrive (mais en s'épargnant aussi bien des soucis), et à ma gauche un univers type Far West où l'auteur-entrepreneur peut et surtout doit tout gérer lui-même.

 

Je trouve que ce débat classique occulte la diversité qu'on trouve dans l'édition traditionnelle. Un monde sépare les très grandes maisons d'édition (Gallimard, Hachette, Flammarion, Albin Michel etc.) et les toutes petites dont le grand public ne connaît pas le nom. Les grandes sont de belles et vieilles maisons installées depuis des décennies, qui attirent les auteurs les plus célèbres et tendent à prendre le plus de place sur la scène littéraire, qu'ils s'agisse de représentation dans les salons du livre ou dans les prix littéraires. Je ne connais pas grand-chose à ces grandes maisons d'édition, donc je n'en parlerai pas plus ici. 

 

En revanche, j'ai l'honneur depuis quelques mois d'être publiée dans une maison d'édition toute neuve, Sylphe Rouge. Dans cet article, je vous en dirai donc un peu plus sur l'expérience qui consiste à travailler avec une (très) petite maison d'édition.

Pourquoi Sylphe Rouge ?

Le sylphe rouge, Astrid Stérin, le page de l'aurore
Le Sylphe Rouge : Une maison d'édition coopérative

Pourquoi ai-je choisi cette maison et pas une autre, ou l'auto-édition ?

Prenons d'abord les raisons qui m'ont éloignée de l'auto-édition :

  • Je vais être franche : je ne trouvais pas ça aussi valorisant que l'édition traditionnelle. J'avais besoin qu'un professionnel me dise "Oui, ton livre a de la valeur, je vais investir dessus" pour avoir confiance en moi
  • Par conséquent, j'avais peur que mes lecteurs partagent cette impression d'un roman "au rabais". A l'époque, il me semblait que l'essentiel de la production en auto-édition était d'assez mauvaise qualité (je précise qu'à ce moment je ne connaissais rien à ce milieu, je n'avais pas lu de livre auto-édité, donc mon avis était biaisé)
  • Je n'avais ni les moyens, ni le temps, ni l'énergie nécessaires pour réaliser moi-même toutes les tâches nécessaires à la publication. Trouver un correcteur, faire réaliser la maquette, la couverture, trouver un distributeur, gérer les problématiques juridiques, techniques et administratives, et surtout arbitrer moi-même sur la qualité du résultat, ça me dépassait

Et pourquoi n'ai-je pas envoyé mon manuscrit à d'autres maisons d'édition ?

Eh bien... Parce que si, je l'ai fait, mais ils ont refusé ^^ J'ai raconté toute cette aventure dans un article sur mon blog : Publier mon roman : le premier essai (raté). Pour résumer, j'avais envoyé la première version du texte à 9 maisons d'édition en 2010, sans du tout me rendre compte d'à quel point il aurait mérité d'être corrigé et retravaillé. Ou plutôt, je savais que j'aurais dû le corriger mais j'étais tétanisée devant l'ampleur de la tâche et, dans un mélange de paresse, de démotivation et d'accaparement sur des nouveaux projets, je ne l'avais pas fait.

 

D'ailleurs, quand sept ans plus tard Sylphe Rouge m'a proposé de m'accompagner pour publier mon roman, à condition de fournir beaucoup de travail, j'ai failli dire non.

Qu'est-ce qui a marché avec Sylphe Rouge ?

Yseult Gouachon, manuscrits, édition

Quand j'ai fait la connaissance d'Yseult Gouachon (qui m'a été présentée par l'intermédiaire d'une amie d'amie), j'ai eu de la chance. Yseult était en train de monter sa maison d'édition avec une associée et elle cherchait des manuscrits pour démarrer sa collection dédiée aux genres de l'imaginaire (l'auteur sur lequel elle avait misé initialement ayant un texte encore trop inachevé). Je suis donc arrivée au bon endroit, au bon moment. J'ai conscience que c'est assez exceptionnel de se trouver dans une situation où c'est la maison d'édition qui sollicite et l'auteur qui décide s'il est partant.

 

Ma deuxième chance, c'était que la spécialité d'Yseult est l'accompagnement des auteurs. Ce n'est pas une éditrice qui va demander un manuscrit parfait pour le publier tel quel trois mois plus tard. Yseult (dont vous pouvez retrouver l'interview ici) a démarré son parcours en animant des ateliers d'écriture. Sa spécialité est d'aider les auteurs à travailler les textes dans lesquels elle voit un potentiel jusqu'à en extraire la pépite qui était jusque là bien cachée. Dès le départ, elle m'a annoncé que la publication de mon roman serait un projet sur 2 ans - ce qui s'est révélé une excellente estimation.

Première étape : Finaliser le manuscrit

Je crois que dans un processus d'édition classique, une fois que le manuscrit est accepté, la phase des corrections éditoriales est assez ponctuelle. L'auteur attend un retour pendant une durée indéterminée, puis reçoit son texte tout plein d'annotations et a une durée limitée pour les intégrer. Les maisons d'édition qui gèrent un très grand catalogue d'auteurs et d’œuvres ne peuvent tout simplement pas de permettre de passer un an et demi à prendre des cafés avec leurs auteurs pour retravailler les manuscrits chapitre par chapitre.

Mais dans mon cas, c'est exactement ce que j'ai eu. 

 

Lors de notre premier échange, Yseult m'a fait des retours génériques sur mon texte : la fin était incohérente, mon héros évoluait trop vite, certains personnages méritaient d'être étoffés, etc. Je lui ai ensuite soumis des idées pour résoudre tous ces problèmes, puis j'ai retravaillé le plan de mes chapitres pour voir où il allait falloir supprimer, déplacer ou ajouter certaines choses. Tout ça m'a pris environ trois mois. Puis je me suis attaquée au vif du sujet et à la réécriture : j'ai même pris 5 semaines de congés uniquement pour écrire. Il fallait bien ça, vu l'ampleur de la tâche... C'est d'ailleurs à cette période que j'ai découvert le monde magique des blogs et des conseils d'écriture, que j'ai complètement bouleversé ma façon de travailler et de concevoir l'écriture, et que j'ai décidé de lancer mon propre blog ;)

 

J'ai ensuite envoyé cette version 2 à des bêta-lecteurs pour avoir leurs retours et, après avoir discuté de toutes ces remarques avec mon éditrice, j'ai de nouveau retravaillé chaque chapitre. Je les lui envoyais au fur et à mesure que je les terminais pour avoir ses retours. Et j'ai mis le point final le 31 juillet 2018, il y a tout juste un an.

Deuxième étape : Publier le roman

Après ça... C'est là que le processus d'édition traditionnelle devient très étrange pour un auteur. Parce que d'un coup, ce roman sur lequel on a laborieusement travaillé pendant des mois et des années n'est plus de notre responsabilité. La maison d'édition prend le relais pour s'occuper de tout ce qui ne relève pas de l'écriture pure : le correcteur, la couverture, la mise en page, etc. 

Et encore, là aussi j'ai profité du fait de fonctionner avec une équipe très réduite. Mon éditrice me donnait assez régulièrement des nouvelles, j'ai pu voir les premiers dessins de la couverture et donner mon avis pour en corriger certains éléments. Par ailleurs, j'ai été touchée du soin qu'elle a mis à m'expliquer tous les détails de mon contrat d'édition, en se montrant ouverte en toute transparence à la négociation de certains points. Sylphe Rouge réfléchit même à proposer à ses auteurs une formation obligatoire sur leurs droits ! La bête noire de mes éditrices, ce sont les arnaques des maisons d'édition malhonnêtes...

 

En revanche, la difficulté que nous avons eue à ce moment-là, c'est que Sylphe Rouge débutait tout juste et n'avait encore publié aucun livre. ça paraît bête, mais trouver le bon papier et le bon imprimeur (qui accepte d'utiliser le papier de vos rêves) s'est révélé bien plus compliqué que prévu. Sans compter qu'il fallait opérer avec un budget très serré. Les deux associées de Sylphe Rouge travaillaient bénévolement depuis le début, et l'essentiel des fonds venait d'une opération de crowdfunding lancée au printemps 2018.

Tout ça pour dire qu'au lieu d'être publié en octobre 2018, comme je m'y attendais naïvement, Le Page de l'Aurore a patienté jusqu'en mai 2019.

Troisième étape : Vendre et promouvoir le roman

Le page de l'aurore Astrid Stérin
Le page de l'aurore en vitrine

Pouvoir suivre en direct les ventes de son livre est pour moi l'un des aspects les plus grisants de l'auto-édition. Et à l'inverse, avec une maison d'édition, j'ai découvert la frustration qu'il y a à voir son roman publié sans savoir combien d'exemplaires ont été écoulés. Comme pour l'étape précédente, j'ai tout de même la possibilité d'interroger Yseult de temps en temps sur le sujet, mais j'évite de la harceler de questions tous les jours (malgré mon intense curiosité). C'est une notion qui surprend la plupart des gens de mon entourage, mais je ne sais pas aujourd'hui combien de romans j'ai vendus. Traditionnellement, l'auteur ne reçoit cette information (et ses droits d'auteur au passage !) qu'une fois par an, lors de la reddition des comptes. Sachant que cette opération comptable un peu complexe prend souvent du retard...

Mon rôle dans la promotion

Là où la petite maison d'édition rejoint l'univers de l'auto-édition, c'est dans le travail que l'auteur doit fournir pour faire sa promotion. Même si Sylphe Rouge a une webmaster et une attachée de presse (oui, il se trouve que c'est une maison très féminine ^^), il faut énormément d'énergie pour donner de la visibilité à une maison d'édition, des auteurs et des romans dont personne n'a jamais entendu parler. 

 

C'est notamment en sachant ça que j'ai décidé d'ouvrir mon blog bien avant la parution du livre, afin de me construire une petite communauté et de rencontrer d'autres auteurs et lecteurs. J'ai aussi développé ma présence sur Twitter et Pinterest, j'ai créé une page Facebook dédiée à mes activités d'autrice et un compte Instagram associé. Une fois le livre sorti, j'ai même créé un site d'autrice à mon nom afin de mettre mon roman particulièrement en avant (mon blog s'orientant petit à petit vers des conseils d'écriture plutôt que de la promotion). J'ai aussi donné des petits coups de main aux éditrices : c'est moi qui ai créé les pages du livre sur Babelio, Goodreads, Booknode et Livraddict, et c'est aussi moi qui gère pour le moment les services presse avec les blogueuses. Mine de rien, toutes ces activités sont assez chronophages. Il faut clairement en avoir conscience (et aimer ça !) avant de sortir un livre, en tout cas si on espère le faire connaître un minimum.

 

Il faut aussi accepter qu'avec les petits moyens de Sylphe Rouge, nous n'arriverons pas à attirer tous les projecteurs sur nous dès le départ et qu'il faudra encore de la patience pour se construire une réputation. Même si je ne connais pas le détail des ventes au livre près, je sais qu'elles se comptent en (petites) centaines d'exemplaires plutôt qu'en milliers pour le moment. Mais je vois ça comme un marathon. Parmi les prochains rendez-vous, la rentrée littéraire de septembre et surtout la période de Noël seront de nouveaux tremplins sur lesquels Le Page de l'Aurore pourra continuer à compter pour se faire connaître.

La rémunération

J'ai presque oublié d'en parler tellement les bénéfices tirés de la vente d'un livre sont (hélas) une gratification dérisoire par rapport au travail fourni. Et je ne rentrerai pas ici dans le débat sur la rémunération des auteurs, qui est un tout autre sujet. Avec Sylphe Rouge je considère que j'ai des conditions de rémunération honnêtes, mais quelle que soit la taille de la part, si le gâteau n'est pas gros tout le monde se serre la ceinture. En tout cas, mes éditrices n'ont certainement pas volé leur part. Et je suis très favorable à l'idée que la maison d'édition soit rentable pour continuer à publier des livres.

Alors, quel type de publication choisir ?

Comment rédiger un avis ou un blurb !
Edition ou auto-édition ?

Je vais botter en touche : il n'y a pas de bonne ou de mauvaise maison d'édition ;) En tout cas, pas dans l'absolu. Mais il y a sûrement une solution qui est plus adaptée à chaque auteur et cela dépend de beaucoup de choses. Votre temps libre, votre personnalité, vos compétences annexes à l'écriture, les rencontres que vous ferez... Il faut donc bien se renseigner sur les réalités de chaque maison d'édition, ou de l'auto-édition, en discutant avec des personnes qui ont choisi ce parcours. Mon expérience chez Sylphe Rouge est particulière et sans doute différente de ce que proposent d’autres petites maisons d’édition.

 

En ce qui me concerne, je reste de toute façon engagée avec Sylphe Rouge pour quelques temps et j'espère publier mes prochains romans avec cette maison. L'accompagnement dont j'ai pu bénéficier était vraiment très formateur, mon roman n'aurait pas du tout la même qualité sans ça ! 

Mais j'avoue que je suis très curieuse de l'auto-édition et que l'idée de tout gérer moi-même de A à Z me met des étoiles dans les yeux. Peut-être pour un projet de plus petite ampleur, comme des nouvelles ou un livre pratique...? Je garde l'idée dans un coin de ma tête;

Et si un jour Gallimard ou Bragelonne venait me proposer de signer un contrat chez eux, bon, on peut dire que je ne leur claquerais pas la porte au nez :)

 

Merci beaucoup Ethan de m'avoir donné cette opportunité de m'exprimer sur Fourmiztory !

 

Astrid Stérin

Merci Astrid pour ce superbe article très complet et fort enrichissant !

 

Si tu as lu jusqu'ici c'est probablement que la plume d'Astrid t’intéresse ;)

 

Voici les liens utiles pour la retrouver :

Son Blog : https://lastreetlaplume.wordpress.com/

Son Livre : https://sylpherouge.coop/product/le-page-de-laurore/

Son Twitter : https://twitter.com/Leastrid

Son Insta : https://www.instagram.com/lastreetlaplume/

Son FB : https://www.facebook.com/AstridSterinRomanciere/

 

Ethan

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 Peggy-Laure Bernard