Placébo - Nouvelle

Titre : Placébo

Auteur : Ethan J Pingault

Type : Nouvelle

Collection : 2018

Age : Ado / Adulte

Date : 27/09/2018

Nombre de mots : 2497

Formats : Lecture en ligne

Couverture - Placébo - Ethan J Pingault - Lecture en ligne

PLACEBO

Ethan J Pingault

  

First publication by Xiaoduo Media in Front Vision

 

Publié par FourmiztoryEdition

Copyright 2018 Ethan Joe Pingault

« loi n 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse »

ISBN : 978-2-37809-039-5

Dépôt légal : Septembre 2018


Noa ramasse le New York Times avant de rentrer chez lui après sa nuit de travail à l’usine. Il ne parcourt que les gros titres, ce n’est pas glorieux ! Aujourd’hui, le 20/11/2072 on recense 502 suicides dans la ville, c’est une moyenne journalière ! Depuis près de 5 ans, le monde est en proie à la dépression suite à la crise économique et écologique engendrée par le Cataclysme.

 

7 ans se sont écoulés depuis l’éruption du Yellowstone... Il s’en souvient comme si c’était hier. Il n’avait que 7 ans à l’époque. D’un coup le ciel s’était obscurci. Le nuage de l’hiver nucléaire avait recouvert un tiers du globe. Par effet domino, la Terre entière en avait subi les conséquences. L’Anarchie avait régné durant près de deux ans avant qu’un nouveau gouvernement mondial soit mis en place. L’ordre était revenu, l’économie longtemps en panne avait repris doucement, cependant rien n’était plus comme avant. Les gens restaient malheureux, dépressifs et suicidaires. Dès le début, le gouvernement avait mobilisé des scientifiques sur ce problème. Ils avaient découvert qu’ingérer certaines substances radioactives pouvait induire ce genre de comportement, mais sans néanmoins trouver de remède efficace. On avait depuis toujours cherché la recette du bonheur, aujourd’hui, la survie de l’humanité en dépendait.

 

— P’a, ton torchon ! lance Noa en envoyant valser le journal sur le canapé où est vautré son père.

— T’étais où vaurien ?

— Où ? À ton travail pour te remplacer, fainéant... pendant que tu vides tes bières.

— Ne t’avise pas d’insulter ton père, si je t’attrape...

— Faudrait déjà que tu puisses te lever ! réplique Noa furieux.

Sa mère est assise sur son lit, comme d’habitude. Voilà plus de quatre ans qu’elle est muette. Elle a sombré dans une sorte de folie léthargique. Noa s’assoit à côté d’elle et caresse tendrement ses cheveux.

— Je trouverai une solution maman, promis. Je...

Ce regard vide ! Elle ne ressent plus rien ? Il ne le supporte plus.

— Parfois je me demande pourquoi je continue de venir te voir... Je t’aime maman, dit-il en l’embrassant.

 

Devoir tout assumer à 14 ans ce n’est pas facile. Malgré tout, il continue de se battre. Les scientifiques affirmaient déjà depuis le début du siècle que certains étaient génétiquement prédisposés à être plus heureux que d’autres. Apparemment, Noa avait hérité de bons gènes à la naissance. Enfin, c’est ce qu’il croyait jusqu’à maintenant, mais aujourd’hui, il n’était plus sûr de rien.

 

L’autre jour à l’usine, il avait surpris la fille du poste D avec un sourire aux lèvres. C’était subtil, presque imperceptible... elle ne voulait pas qu’on la remarque, c’est sûr ! Il n’avait pas vu un sourire depuis son enfance. Sans s’en rendre compte, il avait souri aussi. Aussitôt, une joie intense l’avait envahi, comme si tout irait pour le mieux dorénavant. Elle était incroyablement belle à ce moment-là, mais cette fois ce n’était pas ses cheveux roux qui l’attiraient, non, quelque chose en elle la rendait vivante. C’est décidé, demain il ira lui parler !

 

Avant de pointer à l’usine, la route est longue. Le bus sans conducteur fait le ramassage. La plupart des gens sont plus âgés que lui, mais quelques adolescents travaillent déjà. C’est sûrement le cas de la rousse qui doit avoir un ou deux ans de plus que lui. Il a eu de la chance que l’usine accepte qu’il remplace son père. C’est un privilège de bosser pour IsCorp, l’entreprise la plus influente du pays. Cette société pharmaceutique s’est imposée après la période d’Anarchie. Le gouvernement a misé sur elle pour la création d’un remède. Aujourd’hui, les Doses sont devenues indispensables et le gouvernement a rendu la prise de ces médicaments obligatoire et quotidienne pour réduire le nombre de suicide. C’est un travail ingrat d’empaqueter les Doses, mais au...

 

Soudain, le brouhaha dans le bus le sort de sa torpeur. Les écrans diffusent en boucle l’explosion d’une usine d’IsCorp à Chicago.

— Chut ! Silence ! réclame un homme, je n’entends plus rien !

—... Les Insoumis ont de nouveau frappé ! Ils ont détruit les stocks de la ville de Chicago. Le PDG d’IsCorp a annoncé la semaine dernière le lancement d’une nouvelle formule chimique plus efficace pour les doses. Les Insoumis tenteraient de freiner le lancement sur le marché de la nouvelle formule, explique la journaliste.

 

Au moment de pointer, une vague de protestation monte dans les rangs. Le stress est palpable.

— J’ai des enfants moi, monsieur ! Je n’ai aucune intention de mourir ici ! hurle un homme.

— Veuillez vous calmer, tous !

La voix est ferme et précise. Elle provient des plateformes qui surplombent la salle de conditionnement. Le directeur de l’usine sort de l’ombre :

— J’ai reçu des instructions du conseil d’IsCorp ! Nous devons pallier au manque provoqué par la fermeture de l’usine de Chicago.

La foule murmure, mais n’ose pas élever la voix.

— Nous allons doubler la cadence. La vie de millions de personnes dépend de nous. Pour ce qui est de votre sécurité, faites-moi confiance, j’ai doublé la garde. Au travail maintenant !

Les travailleurs ne protestent plus, Noa rejoint son lieu de travail en silence. La fille du poste D est présente aujourd’hui. Il cherche comment lui exprimer ce qu’il ressent, mais plus il réfléchit, plus son cœur s’emballe. Il voudrait pouvoir au moins lui dire merci pour le sourire, mais elle est si intimidante.

 

Soudain, elle quitte son poste. La nuit de travail vient à peine de commencer et ce n’est pas l’heure de la pause. Intrigué, il la suit sans se faire remarquer. C’est l’occasion ou jamais de lui parler. Elle surveille ses arrières. Il la piste furtivement. Ses habitudes de survie reviennent naturellement. Pendant l’Anarchie, il a vécu sur les routes avec son père et sa mère. Il a développé des aptitudes pour survivre à tous les dangers : les émeutes, les bandits... Aujourd’hui, ses sens sont de nouveau en éveil, il le sait, quelque chose se prépare et il va devoir faire face dans les minutes qui suivent. Elle presse le pas comme si elle était en retard à un rendez-vous.

— Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? pense-t-il.

Soudain, des coups de feu se font entendre dans une salle voisine, puis des cris de terreur.

— Non... Non ! hurle-t-elle en courant.

D’un geste sûr, Noa l’attire dans un placard, lui plaque sa main sur sa bouche tout en l’empêchant de se débattre.

— Quelqu’un a crié par ici ! lance un homme armé en surgissant de la salle.

— Chut, je t’en prie, tais-toi, chuchote Noa dans son oreille. Ils vont nous trouver et nous tuer nous aussi.

Le rythme cardiaque de la jeune fille se stabilise doucement, sa respiration devient plus lente et plus profonde. Noa desserre son étreinte.

— Tu as probablement rêvé, cette zone est interdite d’accès, lance un autre soldat depuis la salle. On bouge ! Les ordres sont clairs : aucun survivant.

Noa les regarde s’éloigner quand soudain l’alarme de son holophone résonne. Il l’éteint rapidement en fourrant la main sans sa poche. La fille le fixe terrifiée. Les secondes semblent des heures. Ils s’attendent à affronter l’un des soldats, mais rien ne se passe.

— Foutue alarme de Dose ! lance Noa en reprenant son souffle.

Il sort de sa poche une capsule dans laquelle scintille un liquide jaune nacré et s’apprête à l’avaler quand la fille lui tape sur la main.

— Mais... fait Noa surpris !

Puis elle éclate la capsule sous son talon en insistant lourdement pour la rendre inutilisable.

— Non... Mais pourquoi ?

— Tu m’as sauvé la vie, je sauve la tienne !

Elle ouvre brusquement la porte du placard et court vers la salle où a eu lieu le massacre de ses amis.

— Eh... attends, l’interpelle-t-il en la poursuivant. Qu’est que ça veut dire ?

En arrivant dans la salle, Noa la retrouve penchée au-dessus du corps sans vie d’un homme.

— Ils les ont tous tués ! C’était mon frère, gémit-elle en larmes.

Noa réalise enfin... le sourire, la capsule, la réunion clandestine, l’attaque de l’usine.

— Tu es une Insoumise, pas vrai ?

Elle s’empare du pistolet à la ceinture de son frère et le braque sur Noa.

— Oui, je suis une Insoumise ! Et je ne te laisserai pas entraver ma mission.

Par réflexe, il lève les mains.

— Je ne te veux aucun mal, dit-il calmement pour la rassurer. Je m’appelle Noa ! Je ne te veux aucun mal, car tu m’as redonné le sourire.

Surprise, elle fronce les sourcils puis essuie ses yeux avec sa manche.

— Comment t’appelles-tu ? demande Noa.

— Lucie !

— Pourquoi dis-tu m’avoir sauvé la vie en écrasant ma dose ?

— Parce que c’est un poison Noa !

Le garçon reste figé de stupeur. Il a toujours su au fond de lui que quelque chose ne tournait pas rond, mais sans vraiment comprendre.

— Le gouvernement nous ment depuis le début... ce ne sont pas les retombées radioactives le poison Noa ! La catastrophe du Yellowstone n’est qu’un prétexte.

— Mais pourquoi... quel est l’intérêt du gouvernement à rendre les gens dépressifs ?

— Mieux les contrôler... mais surtout réguler la démographie galopante, lance-t-elle. Les gens heureux procréent plus !

Noa reste figé. Cette révélation le choque, il n’arrive pas à croire que le monde entier s’est laissé tromper à ce point.

— Avant le Cataclysme nous étions plus de 13 milliards poursuit-elle, aujourd’hui seulement 7. La planète ne pouvait plus supporter notre nombre et notre style de vie. Le gouvernement a juste profité de l’occasion... Aujourd’hui, ils voudraient accélérer le processus en lançant une nouvelle formule.

Noa s’écroule sur une chaise. Il pense à son père heureux avant le Cataclysme, actif durant l’Anarchie, prêt à tout pour défendre les siens. Il se souvient aussi de sa mère, souriante et positive, même après l’éruption. Il comprend mieux maintenant.

— Les puissants se sont habitués. Ils profitent d’une vie de rêve. Ils captent la majorité des ressources pour eux-mêmes. Nous ne sommes que leurs esclaves Noa ! J’ai eu l’occasion de visiter leurs quartiers et de constater leurs niveaux de vie. Plus de morts, c’est plus d’espace, plus de ressources, plus de richesses... Durant toute l’histoire de l’humanité jamais aucune population n’a acquis autant de privilèges aux dépens d’une autre.

Noa se lève, saisit un pistolet qui traine au sol, vérifie le contenu du chargeur avant de le glisser dans sa ceinture.

— Qu’est ce que tu fais ?

— Tu as une mission n’est-ce pas ! De quoi s’agit-il ?

— Maintenant que notre équipe a détruit le stock de Chicago, l’unique option d’IsCorp est de doubler la production des Doses dans l’usine de New York pour pallier au manque à venir. Notre mission était d’entrer dans les laboratoires et de saboter la production.

— Comment ?

Lucie sort un tube de la poche de son frère avant d’ajouter :

— En versant le contenu de ce flacon dans la cuve pour changer la composition de la formule initiale.

— Alors c’est ce que nous allons faire, lance Noa en l’attirant à lui. Tu es prête ?

Lucie regarde une dernière fois son frère puis affronte Noa du regard. Elle est déterminée et rien ne l’arrêtera, il en est convaincu.

— Es-tu prêt à mourir pour la cause Noa ?

— Oui.

— Suis-moi, lance-t-elle en commençant à courir dans le couloir.

 

Tel un commando d’élite, ils se faufilent en silence dans les couloirs. Ils s’arrêtent à chaque angle pour se mettre à couvert. Ils fouillent chaque pièce pour ne pas se faire prendre à revers.

 

— On approche, lui glisse-t-elle à l’oreille, c’est la salle au fond du couloir.

Noa adossé au mur penche la tête et jette un coup d’œil rapide.

— Ils sont beaucoup trop nombreux, on ne passera jamais.

Lucie se penche à son tour et déverrouille le cran de sureté de son automatique.

— Le garde... C’est lui qui... Je vais le tuer ce...

— Non ! ordonne Noa d’une voix douce, mais ferme. Lucie regarde moi !

Il attrape son visage entre ses mains. Le Noa timide a disparu devant l’enjeu.

— Lucie ! Je sais que tu veux venger ton frère, c’est bien normal. Mais pense à ce qu’il aurait voulu lui. Pense à la mission qu’il était venu accomplir ici.

— Tu as raison... mais comment entrer dans cette pièce sans...

— On n’a pas la force de feu nécessaire. Si on fonce dans le tas, ils sauront que la recette compromise et jamais ils n’enverront les Doses pour l’empaquetage ! Mais j’ai une autre idée ! termine-t-il en désignant une bouche d’aération.

Les yeux de la jeune fille pétillent d’excitation.

— Mais oui bien sûr ! La cheminée de la cuve !

Noa lui fait la courte échelle avant de se hisser lui même à bout de bras dans le conduit. Ils rampent doucement dans les gaines de ventilation. Après quelques secondes qui semblent interminables, ils arrivent au-dessus du laboratoire.

 

— Le fluide est quasiment prêt... Il ne reste qu’à procéder à la vérification avant l’envoi en usine ! affirme un scientifique à son collègue en ouvrant le couvercle de la cuve.

Les adolescents se lancent un regard rempli de promesses. Ils se trouvent juste au-dessus et à travers la grille de la cheminée, ils peuvent voir le liquide jaune nacré. Elle sort le tube de sa poche et le débouche avec précaution.

— C’est bon pour l’envoi en usine, poursuit le scientifique.

— Cette fournée devrait suffire pour pallier à la destruction des stocks de Chicago.

Son cœur bat la chamade, elle verse doucement le contenu du flacon par l’interstice de la grille. Doucement, le liquide vient se mélanger dans la cuve. Lucie jubile intérieurement :

— C’est fait ! pense-t-elle. Pour toi mon frère...

Allongés sur le dos, côte à côte, ils sourient :

— Je n’ai jamais été aussi heureux, chuchote Noa en prenant la main de sa complice. 

 

Une semaine s’est écoulée depuis l’action des Insoumis, proclame la journaliste. Les résultats sont incroyables. Le gouvernement a été démantelé. Le taux de suicide a diminué de quasiment 100 %. Le bonheur est partout comme le prouvent ces images prises...

La sonnette retentit :

— Je vais ouvrir, lance la maman depuis la cuisine. C’est ta copine...

Noa bondit du canapé pour sauter dans les bras de Lucie, puis ils s’assoient sur le muret à l’extérieur de la maison.

— Ils sont adorables n’est-ce pas ? murmure la mère en enlaçant son mari.

— Ils ont su se forger un avenir ! répond-il.

— Tu veux une bière ? demande-t-elle en se dirigeant vers la cuisine.

— Non, tu peux jeter ces saloperies !

 

Noa et Lucie se regardent avec tendresse.

— Merci Lucie ! déclare Noa en prenant ses mains dans les siennes. Je te dois énormément.

Après un câlin, il la jauge l’air taquin :

— Par contre, tu me dois des explications.

— À propos de ? s’exclame-t-elle.

— Qu’y avait-il à l’intérieur du tube ?

— Tu veux vraiment le savoir ?

— Oui !

— Rien.

— Comment ça... rien, tu veux dire que...

— Le tube contenait juste de quoi rendre neutre l’effet des Doses.

— Alors tous ces gens ont avalé....

— Une capsule aussi inoffensive qu’un bonbon. Un placébo en quelque sorte, rigole-t-elle.

— Mais alors... s’interroge, Noa surpris.

— Lucie éclate de rire en voyant la tête que fait son copain.

— Il existe bien quelques gènes ou molécules qui font que certaines personnes sont plus heureuses que d’autres, mais le bonheur ne pourra jamais être mis en capsule Noa... parce que le bonheur est un choix ! termine-t-elle avec un magnifique sourire.

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